Localisation : Iles Canaries, Espagne
Coordonnées : 28°27' N
16°38' W
Altitude maximale : 3718 m (a.s.l)
Description succinte : volcan rouge à tendance grisonnante
Photo envoyée par Thierry Schmitt du Pico Viero depuis les flancs du Teide. On aperçoit au loin l'Ile de la GOMERA.
Accessibilité : aujourd'hui on peut accéder au sommet du volcan grâce à un téléphérique dont le point de départ est établi au bord de la route à près de 2 360 m.
On atteint la plate-forme d'arrivée située à 3555 m en 8 minutes. Il ne reste plus ensuite qu’à gravir les pentes à pied pour gagner le sommet. Pour les « vrais », l’unique chemin autorisé
requiert près de six heures de marche et démarre à la zone dite de Montaña Blanca. Dans un cas comme dans l’autre, le sentier qui accède au sommet est limité, c’est pourquoi il est obligatoire
de solliciter un permis pour y monter. Il est cependant possible d’aller vers d’autres endroits librement comme le pico Viejo. Seules Les personnes qui s’hébergent au Refuge d’Altavista n’ont
pas besoin de faire la demande d’autorisation pour accéder au Pic du Teide.
Par contre, à l’image de l’Etna, on trouve une petite station de ski et tout ce qu’il faut pour faire monter tout un chacun et y faire acheter des babioles en tout
genre...allez comprendre…
L’archipel des Canaries est composé de sept iles d’origines volcaniques disposées sur la croûte océanique Nord Atlantique, au front de la marge passive NW de
l’Afrique. Ces sept îles présentent des différents stades d’évolution, et Tenerife, qui abrite le volcan Teide, est aujourd’hui au point culminant de son développement volcanique. A contrario,
les îles occidentales sont globalement moins évoluées alors que les îles orientales ont terminée leur développement et sont actuellement dans un stade d’érosion intense. En clair, les îles à
l’est de Tenerife sont dans une phase de destruction alors que les îles à l’ouest de Tenerife (comprise) sont encore en construction. Les Canaries ont également une particularité tout à fait
intéressante par le fait qu’elles émergent de l’action d’un point chaud intra-océanique, situé sur une croute océanique ancienne et donc épaisse, qui en conséquence se déplace très lentement et
subside très peu. En effet, alors qu’un archipel situé sur une croûte océanique jeune et qui se déplace rapidement comme celui d’Hawaï, donne naissance à de nombreuses îles « rapidement »
construites et démantelées, celui des canaries évolue sur une période beaucoup plus longue et permet de produire et de conserver des structures originales et complexes. En pratique, les roches
à l’origine des îles hawaïennes sont globalement homogènes et peu évoluées par faute de temps (phase initiale réduite des Oceanic Island Basalts ou OIB), tandis qu’aux Canaries, les magmas ont
le temps d’évoluer plus longtemps dans leurs réservoirs produisant ainsi des roches plus évoluées/différentiées dans la série magmatique des OIB. L’île Hawaïenne la plus ancienne (Kauai) n’a
que 6 millions d’années, alors que Fuerteventura, l’île des Canaries la plus ancienne n’a pas moins de 23 millions d’années. En ce sens les volcans centraux de l’île de Tenerife dont le Teide
fait partie sont uniques. (Cette partie est tirée de l’article de synthèse de Carracedo et al., 2007)
Le Teide est le sommet principal de la plus grande île de l’archipel des canaries, l’île de Tenerife. Culminant au « Pitón de Azúcar » à 3718 m d’altitude il est
également le plus haut sommet d’Espagne. Mais si l’on regarde de plus près, cela ne représente que la partie émergée de l’édifice global qui plonge jusqu'à -3700 m sous les eaux de l’océan
atlantique. C’est donc un complexe volcanique de plus de 7000 mètres d’altitude totale qu’il est possible d’admirer, ce qui en fait le 3ème plus haut massif volcanique du monde. Teide vient du
mot d’origine Guanche (peuple d’origine berbère de Tenerife) echeide, qui signifiait « enfer », nom que l’on retrouve d’ailleurs dans le cas de nombreux volcans de par le monde. La première
ascension connue du volcan a été réalisée par un noble anglais en 1582, Sir Edmund Scory (un nom predestiné!). Dès lors, le volcan a été sujet à de nombreuses études naturalistes et
scientifiques qui ont marqué l’histoire de la volcanologie (voir résumé ici : http://decobed.club.fr/teide.html).
En réalité, le Teide n'est pas d’un édifice unique, il est actuellement indissociable de son voisin, le pico Viejo (3134 m) qui est d’ailleurs celui ou s’est
produite la dernière grande éruption à Tenerife en 1706. Mais au-delà de ces deux voisins qui existent depuis environ 170 000 ans, il faut remonter bien plus loin pour comprendre la globalité
de la structure.
En effet, ces deux stratovolcans sont la partie active visible actuelle d’un édifice polygénique géant dont la mise en place débute entre 8 et 4.5 Ma par une
structure bouclier (Ancochea et al., 1990). Les reliquats de cette première structure, essentiellement basaltiques (ankaramites et basanites), sont aujourd’hui visibles dans les extrémités de
l’île (massifs d’Anaga et de Teno). L’île de Tenerife actuelle résulte de la coalescence de 3 iles précoces correspondant à 3 édifices boucliers distincts (Fuster et al., 1968).
Sur ce « socle » se greffe ensuite un complexe volcanique extensif post-bouclier qui représente l’ossature principale de Tenerife. Ce complexe, nommé édifice de
Las Cañadas, est une structure composite allongée dans un axe NE-SW. Elle comprend différents centres imbriqués (Marti et al., 1994) ayant atteint une altitude proche de 3000 m et un diamètre
supérieur à 20 km. La partie SW, datée aux alentours de 3,5 Ma est la plus ancienne (Fuster et al., 1994). Marti et al.. (1994), divisent l’édifice de Las Cañadas en deux entités
chronostratigraphiques distinctes:
1 Un groupe inférieur (entre 3.5 et 2.1 Ma) majoritairement mafique (entre 60 et 90% de minéraux ferromagnésiens – champ de
gabbros/basaltes),
2 Un groupe supérieur comprenant trois unités volcaniques intermédiaires à felsiques (moins de 60% et moins de 10% de ferromagnésiens – de plus
en plus acide) que sont les unités de Ucanca (1.59 – 1.18 Ma), de Guajara (850 – 875 ka) et de Diego Hernandez (370 – 179 ka). Chaque cycle présente une évolution des émissions de basaltiques à
phonolitiques (Edgar et al., 2007). De même, la distribution des dépôts associés suggère une migration de l’activité volcanique vers le NE au cours du temps (Bryan et al., 1998).
On trouve dans cette évolution des indices de la dynamique du volcan : en particulier l’apport de magma profond à chaque début de cycle, matérialisé en surface par
l’émission de laves. Puis sa lente contamination et différenciation dans la chambre magmatique plus superficielle, avec une évolution de l’activité de plus en plus explosive. Chaque fin de
cycle est marquée par d’importantes éruptions (Pliniennes) et la formation consécutive de caldeira d’effondrement.
On touche ici à une des caractéristiques les plus remarquable et étudiée de ce complexe volcanique. En effet, les édifices du Teide et du Viejo se développent dans
une des plus belles caldeiras du monde. Cette caldeira elliptique mesure 16 x 9 km et culmine à environ 2000m d’altitude. Sa forme est originale car à moitié disséquée et ouverte au Nord vers
la mer, formant ainsi une coupe et des reliefs impressionnants. Cette morphologie peu commune est à l’origine d’un débat assez houleux dans la communauté scientifique quant à son origine. Débat
qui n’est toujours pas tranché actuellement ! Si tout le monde est d’accord pour dire que la caldeira est en partie issue des mouvements verticaux consécutifs à la vidange de la chambre
magmatique, le fait qu’elle n’est présente qu’à moitié a incité un grand nombre de scientifiques à y voir le signe de l’effondrement en glissements de terrains massifs d’une partie de l’édifice
(Coello et Bravo, 1989…). Cette théorie est étayée par la présence de dépôts sous marins reconnus dans la bathymétrie (analyse au sonar). Il est clair que cette évolution catastrophique en
glissement des flancs d’édifices volcaniques est un phénomène majeur de l’érosion des volcans en général et des îles océaniques dont l’archipel des Canaries en particulier (Masson et al.,
2002). Clair aussi que les risques associés, en particulier les raz-de-marée sont à prendre en compte pour les populations côtières. Mais il faut rester prudent sur l’importance des volumes
estimés mis en mouvements. Sans pouvoir conclure sur ce débat, et au vu des différentes publications récentes traitant des deux sujets, il apparait évident que les 2 phénomènes cohabitent dans
cette zone, il reste à montrer à quel point ils sont interconnectés ou non avant de crier au loup !
Les Picos Teide et Viejo forment le complexe volcanique central de Tenerife et se sont développés depuis 170 000 ans sur le plancher de la caldeira. Du point de
vue de la morphologie, les pentes du Teide sont raides (> 30°) et nappées de sombres coulées de phonolites. Le cratère sommital peut paraitre petit au regard des dimensions du volcan avec
ses 70 mètres de diamètre et 45 mètres de profondeur. Il n’émet aujourd’hui que quelques fumerolles, cependant preuves de son activité persistante. Le Pico Viejo Teide (ou Chahorra) est plus
modeste en altitude et par sa forme. En revanche il présente une petite caldeira de 800 mètres de diamètre pour 150 mètres de profondeur dont l'extrémité occidentale est occupée par un cratère
d'une centaine de mètres de profondeur.
Ces deux édifices dérivent de l’interaction de deux systèmes magmatiques qui ont évolué simultanément et qui ont donné naissance à une série complexe de matériaux
mafiques à intermédiaires, et plus récemment felsiques (des basaltes jusqu’à des phonolites)
Les éruptions récentes ont eu lieu à partir des édifices eux-mêmes, mais aussi à partir de structures secondaires s’y connectant. On peut noter de nombreux
édifices adventifs monogéniques (provenant d’une seule éruption) et deux linéaments majeurs reconnus actifs sur tenerife que sont les axes de rift dorsaux (NE) et de Santago del Teide (NW) et
qui, selon Carracedo (1994), se joignent probablement sous le complexe Viejo-Teide. De plus, de nombreuses anciennes fissures éruptives subparallèles se raccordent à ce double système de
rift.
L’histoire éruptive des Picos Teide et Viejo comprend une première étape d’émission de produits mafiques à intermiédiaires qui forment l’ossature principale des
édifices et qui ont remplis en quasi-totalité l’ancienne caldeira du Las Cañadas. Ce plancher présente aujourd’hui de grandes étendues de cendres et ponces, entrecoupées de puissantes coulées
d'obsidiennes phonolitiques et de complexes intrusifs (dykes, tufs et brèches des Roques de Garcia). Les premières phonolites apparaissent il y a environ 35 000 ans et deviennent
progressivement les émissions principales du Teide-Viejo. Les éruptions basaltiques ont néanmoins perdurées dans une moindre mesure, principalement associées aux deux zones de rift. En effet,
selon Marti et al., (2008) ; le volume total émis depuis 35 000 ans serait compris entre 2 et 3 km3, dont 83% de magma phonolitique.
L’activité phonolitique montre une récurrence d’environ 250 à 1000 ans. Elle représente des volumes d’émissions compris entre 0.01 et 1km3, avec majoritairement
des coulées ou la formation de dômes, plus rarement des phases explosives jusqu’à sub-pliniennes. Les activités basaltiques, plus fréquentes historiquement, sont plutôt caractérisées par des
éruptions stromboliennes conduisant à la construction de cônes de cendres et scories. Plus rarement, de violentes éruptions phréatomagmatiques basaltiques ont eu également lieu dans les
cratères centraux, générant des coulées pyroclastiques importantes. Les données pétrologiques disponibles suggèrent que l’interaction de deux systèmes magmatiques, basaltique profond et
phonolitique superficiel, contrôlent ce dynamisme éruptif original (Marti et al., 2008). En effet, La plupart des éruptions phonolitiques présentent des signes de mélanges qui indiquent que les
éruptions sont déclenchées par intrusion de magma basaltique dans les chambres phonolitiques supérieures.
Cette observation est à l’origine de nombreuses études actuelles sur le volcan en termes de risques pour la population de l’île car il y a de fortes similitudes
entre l’évolution récente des picos Teide/Viejo, et l’évolution terminale de l’ancien édifice Las Cañadas dont on sait qu’elle s’est terminée violemment… Mais pour le moment, c’est plus à des
éruptions « mineures » auxquelles il faut s’attendre, les dernières activités historiques étant assez régulières dans le temps (1492, 1705, 1706, 1798 ,1906, Carracedo et al., 2007), et la
dernière vieille d’environ un siècle.
Voir la webcam du Pici del Teide :
Webcam1